C’est simple comme bonjour de trouver sur le web des articles et analyses traitant de la hausse spectaculaire des prix du café, amorcée à la fin de l’été 2023.

C’est très simple aussi de découvrir des chiffres qui partent dans tous les sens et qui donnent le tournis.

Frappant…

Voici quelques passages frappants pour que vous vous rendiez compte de l’évolution des cours.

« L’association de consommateurs Testachats a calculé que le prix du café a augmenté de 29 % en trois ans. »

« Le prix d’un sachet de café a augmenté de 60 % en cinq ans. »

« Les prix mondiaux du café ont augmenté de 39 % en 2024. »

« L’arabica a vu son prix augmenter de 58 % entre décembre 2023 et décembre 2024. Dans le même temps, le robusta a connu une hausse encore plus spectaculaire d’environ 70 %. Dans certains cas, la
progression est encore plus marquée : entre 2024 et 2025, les prix ont parfois augmenté de 75 % pour l’arabica et de plus de 80 % pour le robusta. »

« Le prix du café connaît une forte augmentation en 2025-2026 avec des hausses dépassant souvent 30 à 50 % sur le café moulu en supermarché. »

« Le prix du café au supermarché a subi une augmentation de 37 % sur un an à l’automne 2025. »

« Le prix du café a bondi de 37 % entre août 2024 et août 2025. »

« Le cours de l’arabica a augmenté de 66 % en un an et de 137 % en cinq ans, celui du robusta de 208 % sur la même période. »

Et la dernière tendance dans le temps, observée ce mois-ci : « Hausse de 18 % en un an : pourquoi le café coûte-t-il toujours plus cher ? »

Tout n’est pas exact parce que certains chiffres se télescopent. Mais clairement, les prix ont explosé. Dans les supermarchés, dans les bars à café, dans les restaurants. À qui et à quoi la faute ?

COUPABLE 1 : le dérèglement climatique

En 2024, le Brésil, premier producteur mondial de café, a été soumis à une grave sécheresse. La même année, le Vietnam, deuxième producteur de la planète, a subi un typhon dévastateur. Ce ne sont que deux exemples marquants de troubles climatiques qui ont fortement diminué les rendements. En Afrique aussi, et plus généralement dans la plupart des pays producteurs (la ceinture du café, au-dessus et en dessous de l’Équateur), la météo évolue de façon défavorable pour la culture des caféiers. Les effets sont parfois dévastateurs, avec des pertes de production spectaculaires. Et donc des prix qui augmentent, selon l’inévitable loi de l’offre et de la demande.

Les événements climatiques extrêmes sont de plus en plus fréquents et de plus en plus intenses : vagues de chaleur, gelées, pluies excessives. Tout cela provoque des baisses de quantité mais aussi de qualité. Et comme il y a moins de grains de qualité sur le marché, le prix des cafés de spécialité augmente. L’offre et la demande, toujours…

À cause du dérèglement climatique, des producteurs se sont mis à diversifier leurs cultures et ne consacrent plus la totalité de leurs terres exploitables aux caféiers. Autre constatation : la moyenne d’âge des caféiculteurs tourne autour de 60 ans, et la mauvaise valorisation financière du métier n’incite pas nécessairement les plus jeunes générations à reprendre le flambeau. Ce sont deux autres explications de la diminution des rendements. Et donc de la flambée des prix. L’offre et la demande, encore et encore…

COUPABLE 2 : la hausse des coûts de production

Certains producteurs ont choisi d’investir dans de nouvelles pratiques agricoles qui résistent mieux aux changements climatiques. C’est un bon plan mais il implique de nouveaux investissements.

À côté de cela, tout coûte de plus en plus cher : les produits pétroliers nécessaires au transport (essentiellement maritime), et cela ne date pas des conflits politiques en cours ; les engrais ; la main-d’œuvre. Ce sont encore des explications à la hausse des prix du café.

COUPABLE 3 : la demande de plus en plus élevée

Le café est l’une des boissons les plus consommées dans le monde. L’Europe et l’Amérique du Nord sont, par tradition, des régions où la consommation est importante. Mais depuis quelques années, la consommation explose à d’autres endroits de la planète. Notamment au Brésil, en Inde et en Chine (où la consommation par personne a été multipliée par quatre en quinze ans). Justement des pays extrêmement peuplés. L’Asie en général a pris goût au café.

Plus généralement, on observe un intérêt croissant pour les cafés de spécialité, ces cafés haut de gamme tels qu’on les retrouve chez Cafés Van Hove (voir notre blog publié le 12 mars dernier).

Lorsque la production mondiale stagne ou diminue pendant que la consommation augmente, une concurrence s’installe entre les acheteurs. Une concurrence qui pousse naturellement les prix à la hausse.

COUPABLE 4 : la spéculation

Dans ce chaos relatif, des financiers ont flairé la bonne affaire. Ils spéculent sur les prix, anticipent les variations. Ils achètent massivement avant les hausses, ce qui fait chuter l’offre mondiale et provoque donc des augmentations des cours. C’est de la pure spéculation.

Autres éléments qui ont provoqué une diminution des stocks disponibles au cours des dernières années : des troubles politiques en Colombie et au Pérou qui ont perturbé (et appauvri) les récoltes. Ce n’est pas anodin quand on sait que la Colombie est le troisième producteur mondial et que le Pérou se classe en dixième position.

CQFD

Il n’y a pas de miracle pour « la boisson préférée des Belges » : tous les coûts supplémentaires expliqués ci-dessus se répercutent en bout de chaîne, chez le consommateur, dans la tasse. Le café a atteint des
niveaux de prix jamais observés dans le passé. C’est souvent un dilemme pour les torréfacteurs et les distributeurs. Que faire pour tenir le cap ? Réduire les marges ou augmenter les prix pour les consommateurs ?

Et demain ?

Il y a unanimité sur ceci : le dérèglement climatique ne devrait pas s’inverser. Le processus est en marche. Il pourrait seulement, dans le meilleur des cas, être freiné si toutes les bonnes mesures sont prises à
l’échelle mondiale – ce qui a peu de chances de se produire.

Des études estiment que les événements climatiques extrêmes devraient continuer à perturber durablement la production agricole mondiale, y compris la culture du caféier. Des scientifiques ont fait cette conclusion : « Si certaines fluctuations ne sont pas à exclure, la tendance générale pourrait rester à des prix relativement élevés dans les années à venir. »

Vu l’importance de la demande, toujours croissante, les producteurs ont l’opportunité de vendre leur café plus cher. Mettons-nous à leur place : pourquoi se priveraient ils d’une rémunération juste dont ils n’ont pas toujours bénéficié ?

Des experts pensent qu’à plus long terme, les changements climatiques pourraient transformer en profondeur la production de café. Certaines régions productrices historiques pourraient devenir moins adaptées, ce qui déplacerait des plantations vers d’autres zones du globe (où il fait moins chaud, ou moins froid, ou moins humide). Autre solution : développer des variétés de caféiers plus résistantes aux fortes chaleurs, aux gelées, aux fortes pluies, etc.

Article écrit par Pierre Danvoye pour les Cafés Van Hove

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