L’Amérique (Centrale et du Sud) ? L’Afrique ? L’Asie ? L’Océanie ? Sur tous ces continents,
pour la culture du café, ça passe crème… L’Europe est l’unique exception, le petit frère
oublié, la seule partie du monde incapable de produire du café à l’échelle industrielle.
Explication résumée : c’est le seul continent qui n’est pas traversé par la fameuse
« ceinture du café », cette coffee belt délimitée par le Tropique du Cancer en haut, par le
Tropique du Capricorne en bas. À mi-distance entre ces deux tropiques, c’est l’Équateur.
Cette bande, appelée zone intertropicale, traverse la carte du monde d’ouest en est, et elle
a une hauteur de 5.200 kilomètres. C’est, très logiquement, la région la plus chaude de la
Terre.
Beaucoup de soleil, mais pas que…
Une chaleur constante, tout au long de l’année, c’est justement l’un des critères essentiels
pour pouvoir cultiver le caféier. Il y a d’autres conditions pour que la culture fonctionne, et
les pays de la ceinture du café (par exemple le Brésil – qui représente près de 30 % de la
production mondiale – et la Colombie en Amérique, le Kenya et l’Éthiopie en Afrique, le
Vietnam et l’Indonésie en Asie) les réunissent aussi : une humidité élevée (60 à 80 %)
pendant toute l’année, pas de gel (le plant de caféier peut mourir quand la température
descend sous 10 degrés), une importante luminosité (en évitant si possible l’exposition
directe aux rayons du soleil, par exemple en plantant sous des arbres), un sol très fertile.
On peut aussi citer une altitude minimum pour la culture d’arabica.
Aucun pays du Vieux Continent ne rassemble toutes ces conditions favorables pour une
culture industrielle du caféier.
Sécheresse, pluies torrentielles, maladies fongiques : un cocktail dramatique
La ceinture du café a déjà eu plus fière allure qu’aujourd’hui. En cause, le dérèglement
climatique à l’échelle mondiale. Le climat qui se réchauffe est synonyme de sécheresse
pendant une bonne partie de l’année dans certaines parties du monde. Et un caféier qui
n’est plus arrosé par les pluies produit moins de cerises ou risque carrément de s’éteindre.
Ce dérèglement passe aussi, dans certains pays chauds, par des épisodes de pluies
torrentielles. Et un excès d’eau peut nuire à la floraison du caféier. Il faut y ajouter les
maladies fongiques, l’apparition de champignons qui détruisent des récoltes entières. Tout
cela mis ensemble, les scientifiques les plus pessimistes prévoient que près de 50 % des
terres cultivant actuellement du café pourraient devenir inutilisables d’ici 2050 ! De
premiers effets ont déjà été ressentis. Par exemple, des épisodes de sécheresse et de gel
au Brésil ont réduit la production de ce pays, et donc participé à une hausse des prix.
Pourquoi certains pays d’Europe veulent y croire
Comparé à tout cela, on pourrait dire que les prévisions météo en Europe sont plutôt
« bonnes »… Le réchauffement de la planète et le fameux « Y’a plus de saisons » jouent
pour nous. Un soleil généreux est nécessaire pour cultiver un caféier ? Il fait de plus en
plus chaud sur notre continent, donc tout va bien. Le gel peut tuer le plant ? Nos hivers
sont de plus en plus doux, donc tout va très bien…
Le processus est très, très lent, mais la tendance s’inverse. Les pays producteurs
traditionnels, les terres de la ceinture du café sont dans une phase descendante pendant
que des territoires improbables, notamment en Europe, commencent à expérimenter la
culture du caféier, à petite échelle certes, mais avec des résultats prometteurs dans
certains cas.
Les prévisions pour notre continent en termes de réchauffement climatique ? Il devrait
continuer à s’accélérer, avec des étés plus chauds et plus secs, et des hivers plus
humides. D’ici 2050, la température moyenne devrait augmenter d’environ 2,7 degrés. Les
canicules pourraient devenir la norme. Tous des indices « favorables » pour l’Europe.
On fera le point dans un quart de siècle
Le café que vous sirotez au bureau sera-t-il bientôt produit en Espagne ? Les grains que
vous introduisez dans votre machine automatique viendront-ils prochainement du
Portugal ? L’Italie sera-t-elle un jour aussi populaire pour son café que pour ses pâtes ou
ses vins ? Là, c’est encore trop tôt, mais des experts citent un cap : 2050, seulement un
quart de siècle. Le climat devrait encore avoir évolué vers un réchauffement, tandis que
des recherches et expérimentations, assez intensives dans certains pays, se poursuivent.
Faire pousser des caféiers à grande échelle en Europe était encore une utopie il y a
quelques années, mais clairement, des lignes bougent.
La culture du caféier en serres ? On oublie…
Même dans les pays les plus chauds du bassin méditerranéen, les hivers restent, à ce
stade, trop froids pour qu’on puisse y cultiver des caféiers. Des recherches sont menées
pour développer des variétés de plants hybrides, plus résistantes aux basses
températures. Seules quelques rares régions, bénéficiant d’un microclimat favorable,
parviennent à des résultats encourageants. Un climat propice, c’est un climat doux et
stable tout au long de l’année. Parce que le caféier supporte mal l’instabilité, les brusques
changements de météo, les différences marquées entre les saisons.
Une solution, pour accélérer les choses, pourrait être la culture du caféier en serres. Mais
elle ne devrait pas être retenue, pour plusieurs raisons : la main-d’œuvre nécessaire, la
dépense en énergies, le développement coûteux de la bonne technologie, l’impact
environnemental.
Les précurseurs sont sur des îles : Canaries, Açores, Sicile
Sur trois îles du sud de l’Europe, la machine est en marche.
En Sicile (Italie), un torréfacteur bien installé expérimente la culture du caféier depuis 2021.
Il produit un café de haute qualité.
Aux Açores (Portugal), un café a été lancé en 2023. La région concernée bénéficie d’un sol
volcanique riche, de températures clémentes et d’une pluviométrie importante et constante.
On y trouve une cinquantaine de petits producteurs.
La Sicile et les Açores ne représentent actuellement qu’une production très limitée. Ce sont
des projets pilotes, loin de l’échelle industrielle.
La situation est différente en Espagne. La vallée d’Agaete, sur l’île de Gran Canaria
(Canaries), est la seule région d’Europe (et le seul territoire du monde ne faisant pas partie de la ceinture du café) où un café est produit à une échelle commerciale. Entre-temps, des essais de caféiculture sont également menés sur une autre île espagnole, les Baléares.
Comparatif des conditions météo : 3 régions de haute production, 3 territoires européens en phase d’expérimentation
CLIMAT TEMP. MOYENNE CARACTÉRISTIQUES SAISONNIÈRES
BRÉSIL (État de Minas Gerais) (1 er producteur mondial) Tropical d’altitude 21°C Chaud et pluvieux décembre – mars, sec et plus frais juin – septembre
VIETNAM (Hauts plateaux du centre) (2 e producteur mondial) Tropical tempéré 20°C Sec novembre – mai, saison des pluies juin – octobre
ÉTHIOPIE (Province de Sidamo) (5 e producteur mondial) Tropical d’altitude 18°C Sec novembre – mars, saison des pluies juin – septembre
ESPAGNE (Îles Canarises) Subtropical 23°C Pluies faibles en été, légère saison des pluies novembre – janvier
PORTUGAL (Açores) Océanique tempéré 18°C Sec juin – septembre, pluies fréquentes novembre – mars
ITALIE (Sicile) Méditerranéen 17°C Sec juin – août, pluvieux décembre – février
Article écrit par Pierre Danvoye pour les Cafés Van Hove